L'espèce humaine est vraisemblablement à l'aube d'une révolution sans précédent. La génétique artificielle est arrivée, amenant avec elle ses peurs et ses espoirs qui ne manqueront pas de succiter des réaction dans le demi-siècle à venir. Il apparait désormais inexorable que l'homme est à deux éprouvettes prêt de pouvoir façonner ses gènes, marquant ainsi le début du règne de l'eugénie génétique. Le darwinisme social appartenant au passé, la génétique se dresse désormais seule dans le processus d'amélioration de l'espèce. Car épargnons nous tout angélisme: la recherche eugéniste est un but poursuivi par toute société, à commencer par la notre (visites prénatales, avortement de foetus présentant des anomalies). Dans cette perspective l'arrivée de la génétique semblerait être une aubaine, voire une quasi-fatalité. Car peu seront ceux qui dans un premier temps condamneront l'appui de la génétique pour soigner le SIDA ou le paludisme en Afrique, et progressivement la volonté des individus primera sur l'arbitrage de Dame nature; certains en vont même jusqu'à offrir l'espoir d'une vie éternelle (cf. les raéliens, Houellebecq dans "La Possibilité d'une Ile") grâce au clonage humain qui n'a pas manqué de faire l'actualité.
A terme il s'agit donc bien de la définition même de l'espèce humaine qui se retrouve menacée. Mais le débat moral qui nous incombe est de discuter du caractère même de cette définition; par quels arguments un changement aussi brutal devrait-il être perçu comme dégradant pour notre espèce? L'homme façonnant l'Homme est-il la plus grande page à écrire dans l'histoire de l'humanité ou sa plus sombre?
Je ne crois pas que la question de fond soit réellement celle-ci... Qu est ce qui pousse l'homme, depuis qu'il s'est découvert une conscience, à vouloir combattre les formes de mortalités telles que les maladies, les accidents, et la vieillesse même..?
Je pense que c'est la peur tout simplement, et personne ne veut quitter ce caillou qu'est la terre en fait (à quelques exceptions près). Tout le monde veut prolonger son sursi, alors depuis des millénaires des gens font progresser les méthodes et techniques en ce sens... Qui sait peut etre un jour serons nous clonés et notre esprit sera réintégré dans notre clone?
Rédigé par: vincent ragot | décembre 04, 2005 à 02:45 AM
Pourtant, Vincent, nos questions sont intimement liées: tu évoques la finalité, j'évoque le moyen. La finalité, la peur comme tu l'évoques, demande à être qualifiée: peur de quoi, de qui? Si tu me parles de peur de la mort, je crois que celle-ci n'est en réalité que le substitut à notre ignorance. En ce sens, c'est surtout le fait de ne pas savoir ce qu'est la mort qui nous dérange. Le jour où l'on connaitra à coup sûr ce qu'il y a dans l'au-delà, néant ou arrière-monde, cette peur cessera d'être.
J'en reviens donc à la question des moyens qui est le thème de ce post. Le génie génétique est le moyen qui permettra peut-être l'avènement de ta dernière phrase, voire le façonnement de l'homme aux limites de notre imagination (sans limites donc). Attention tout cela n'est pas de la science fiction à échéance d'une cinquantaine d'années. On peut en ce sens jeter un coup d'oeil aux travaux de E.S.Lander du MIT, Ray Kurzweil ou au livre de Gérard Debré récemment (entre nombreux autres).
Rédigé par: Hadrien | décembre 05, 2005 à 12:28 AM
Une réflexion :
Parmi les vertus que tu accordes à l'eugénisme figure l'éradiction de grandes maladies. Or, il est évident que l'eugénisme - quand bien même il pourrait atteindre ce but - ne soigne que l'effet, à l'image de l'allopathie.
Mais quelle est la cause d'une maladie physique ?
Rédigé par: Paul | décembre 12, 2005 à 09:58 AM
Merci Paul pour ta participation, et ton commentaire qui ne manque pas d'intérêt (te connaissant un peu mieux maintenant cela ne me surprend pas!).
J'aurais à te répondre premièrement et sur le fond que certaines causes de maladies sont génétiquement identifiées (trisomie 21 par exemple), donc qu'un traitement à la source peut être envisagé pour celles-ci. Que l'avancée de la médecine ces dernières années, le séquençage de la totalité du génôme humain achevé en 2003, va permettre de remonter aux causes génétiques des maladies.
En marge à ce propos j'ajouterai qu'il ne faut pas perdre de vue que la finalité emporte les considérations de cause ou d'effet. L'allopathie, tout comme l'homéopathie qui est encore peu reconnue par la médecine traditionnelle, n'en reste pas moins viable au seul sens qu'elle permet l'amélioration de l'état d'un patient. Et tant pis pour la noblesse ou non des moyens utilisés.
Rédigé par: Hadrien | décembre 21, 2005 à 07:31 PM
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Rédigé par: www.rael.org | avril 10, 2006 à 11:09 AM
Dans la nature, le mouvement est provoqué par un déséquilibre. Alors je ne suis pas certain qu'il soit vraiment question de peur. L'homme est animé par la "différence" qui existe entre chacun de nous, différence qui est garantie par nos gènes et la grande loterie de notre conception (1 chance sur 2 puissance 46 d'être ce que nous sommes, et cela juste en considérant la dimension génétique et en oubliant que nous sommes aussi une histoire personnelle et une éducation).
L'humanité croit avoir peur, mais en fait elle est animée par un mouvement de rééquilibrage permanent.
Je pense que notre intelligence ne peut concevoir le "mieux", espérer "le mieux" que si notre esprit est confronté à la différence entre le mieux et le normal. Autant dire que si nous étions uniformes, nous serions dans un état statique.
La trisomie 21 est une maladie car tout le monde n'en est pas atteint. Si l'humanité avait été atteinte de la trisomie 21 dans son intégralité, il ne viendrait à l'idée de personne de supprimer ce que nous appelons anomalie génétique.
Je pense que la raison pousse l'homme a réinventé un équilibre. Il ne s'agit pas de survie, mais de rééquilibrage en courtcircuitant le caractère aléatoire naturel.
L'humanité est un corps en mouvement cherchant un équilibre, sans prendre en compte qu'il existe deux voies.
Aujourd'hui, car nous ne pouvons penser que de manière finie, nous imaginons l'équilibre comme une agrégation qui aboutira à l'uniformité
Cette uniformité sera peut être atteinte un jour grâce au clonage ou du moins grâce au "lissage" par sélection génique. Mais est-elle vraiment souhaitable. En tant que chrétien, j'aime à penser que la simplicité de ce modèle est fondamentalement mauvais et qu'il faut lui préferrer son contraire : la diversité.
La diversité est aussi source d'équilibre car par essence la nature (et la génétique) ne privilégie aucune direction. La survie et l'évolution des espèces est garantie par ce mécanisme qui ne cherche pas l'efficacité mais bien la pérénnité en ne s'interdisant aucune évolution.
Il convient dès lors de se demander si notre recherche de l'équilibre doit se faire en visant l'uniformité ou la diversité. La raison et l'efficience nous conseille la première, la nature a utilisé depuis toujours la seconde. Il faut donc avoir la foi et se demander si prendre les commandes de notre espèce ne serait pas l'étape ultime amenant notre fin.
Rédigé par: Raphael | octobre 18, 2007 à 05:08 PM